Jim Bauer présente « BB98 »!

Artiste engagé, Jim Bauer a démarré en faisant ses armes en tant que musicien de rues à Paris, New York, et Londres, avant de sortir “The Misfit Boy”, son premier EP onirique sur la jeunesse et l’excès.

Suivent alors son deuxième EP “Naissance” (réflexion sur sa génération déconnectée des rapports humains), des concerts dans toute la France (Café de la Danse, Salle Pleyel…), et des collaborations en tant qu’auteur-compositeur pour Slimane, Florent Pagny, Barbara Pravi…

Son premier album « BB98 », sort ce vendredi 2 février et sera suivi d’un concert à La Boule Noire le 31 mars prochain Little French Reporter l’a rencontré à cette occasion.

Comment résumeriez-vous l’album ?

C’est une grande introspection sur l’histoire d’un gars qui se barre et qui essaie de retrouver son identité après s’être extrait de toutes les influences du quotidien dans un monde urbain, très capitaliste, avec beaucoup d’informations.

C’est ce dont parle “Le Téléphone”, le premier morceau.

Pourquoi ce titre BB98 ?

Ça comprend plusieurs informations. Il y a un hommage un peu à la décennie des années 90 à travers l’année 98 qui est une année très 90’s et très Frenchy avec la coupe du Monde, l’émergence des Daft Punk, le rock alternatif, Pokémon, Final Fantasy.

L’album a été construit dans une sorte de retour à ces trucs là, que j’avais un peu mis de côté et que j’ai retrouvé en partant en voyage.

De l’autre côté, le “BB” est une connotation pour les enfants des 90’s. C’est également un clin d’oeil à mon nom de famille. Ca faisait aussi un écho à “Initials BB” de Gainsbourg, l’album a été enregistré au studio “La Briche”.

En somme, le nom de l’album est toute une suite de reminders*.

Après ça, on se rend compte qu’on est toujours le même mec que quand on est sorti du lycée : timide, fan des mêmes choses que quand on était jeune.

Finalement, ce n’est peut-être pas nous qui vieillissons mais le monde qui avance et nous qui restons immobiles.

C’est plutôt rare que les garçons se livrent. Souvent dans leurs textes, ils jouent un rôle de mâle alpha surpuissant donc j’ai trouvé intéressanr de prendre le contrepied et de laisser parler ma sensibilité, d’exposer mes faiblesses plutôt que de faire un grand récit du style “Je suis un super héros” comme le font 99% des mecs aujourd’hui dans leurs albums.

Votre premier EP portrait sur la jeunesse et ses excès, le deuxième EP sur une génération déconnectée, ici dans cet album, ce qui revient souvent c’est : la dénonciation d’un monde violent avec “Comme un Ange”. Pensez-vous que la musique est un remède à la violence ?

Je ne sais pas si la musique, c’est un remède à la violence parce que la musique, elle, peut en créer de la violence. Mais par contre, je pense que l’art en général (et la musique en fait partie) est une alternative à l’argent.

D’un point de vue politique, c’est une des rares choses qui peut nous faire abandonner l’envie d’avoir du pognon. Tout ce que l’on fait avec passion peut devenir de l’art.

J’essaie de donner, à travers ma musique, des valeurs autres que les valeurs capitalistes.

On termine néanmoins sur un titre qui se veut positif, “La Vie est Belle”, il reste donc encore de l’espoir ?

Oui, parce qu’il faut savoir relativiser. Souvent, dans une introspection, on a tendance à mettre un masque social qui nous présente sous un bon jour alors qu’elle nous révèle à nos failles. Et on peut avoir envie, sur la fin, de tomber dans le pessimisme.

C’est bien aussi d’ajouter à cette forme d’introspection et de recherche en soi une sorte de relativisme où l’on se dit, “en vrai, ça va.”

Grosso modo, c’est une façon de dire qu’il y a toujours plus grave ?

Pas forcément. Encore une fois, les valeurs de super héros qui foutent la pression à tout le monde font que ça devient des défauts. Mais la réalité, c’est que c’est pas grave d’être timide, d’être un peu solitaire, de ne pas avoir envie d’être le plus riche du monde. (Rires)

Ce qui est grave c’est d’être lobotomisé par la société dans laquelle on vit, mais si l’on sort de ce truc-là, c’est plutôt sain.

Sur Chevalier Noir, on sent un peu de mélancolie, ça m’a fait penser à votre version originale de “Tata Yoyo” que vous aviez présentée à The Voice…

Les deux chansons ne parlent pas de la même chose mais j’essaie, dans ces deux cas de figure, d’aller au plus profond de l’émotion. Sur “Chevalier Noir”, je parle de la misanthropie. C’est une allusion aux RPG (jeu de rôle). Cette figure du chevalier noir revient souvent dans les jeux de rôle avec cette analyse où, si l’on creuse, le personnage n’est pas si méchant que ça. En réalité, c’est un personnage qui n’aime pas trop la foule et qui n’adopte aucun camp, qui ne prend pas parti. C’est pourquoi tous les camps le considèrent comme méchant et dangereux pour le simple fait qu’il laisse tout le monde s’entretuer sans prendre part au combat. 

Mais quand une personne arrive à le toucher, il finit par l’aider. Ca m’a toujours plus attendri que les causes. Ça me fait penser à une phrase que disait Coluche : “Qu’importe ce qu’on défend, à partir de trois on est une bande de cons.”

Votre album est entièrement chanté en français, à l’exception de deux chansons, “I Was a Child” et “Reverse”. De quoi parle la première ?

C’est une chanson sur l’enfance, le fait de grandir un peu vite et d’avoir un peu de mal à assumer le fait d’être un enfant, de se sentir obligé de grandir et de comprendre rapidement ce qu’il se passe dans le monde qui l’entour, plutôt que de vivre dans une bulle en étant juste content d’être là.

Le deuxième titre, vous le faites en featuring avec Craig Walker, du groupe “Archive”, comment vous êtes-vous rencontrés ?

C’était lors d’un concert en hommage à Christophe, où l’on a été invité tous les deux. En attendant de passer sur scène, nous avons discuté pendant près de huit heures en coulisses. 

Pour moi, Craig c’est un de mes artistes préférés, avec d’autres artistes comme Jeff Buckley, Radiohead, Coldplay…. C’était assez dingue car autour de moi, personne ne savait forcément qui il était ou ne connaissait pas bien Archive non plus. 

Le courant est très bien passé, c’est assez naturel avec les personnes qui nous ont inspiré à ce point-là. Je me suis un peu construit par rapport à lui. Je suis allé à Berlin pour écrire des chansons, puis il est venu en studio enregistrer le featuring.

Quelles sont vos sources d’inspirations ?

J’en ai vraiment beaucoup. Comme je n’ai pas une réflexion très “carrière” en terme de musique, je me fiche un peu de la cohérence d’un album à l’autre.

Je me vois comme un réalisateur de films et un réalisateur du film pas forcément très monomaniaque. C’est à dire que chaque album est un film et chaque film est différent.

Pour cet album, je me suis beaucoup inspiré des années 1990, de l’indie, du rock alternatif, du grunge, de la trip-hop et d’une certaine façon de la French Touch avec de la house.

Vous avez déjà écrit pour plusieurs artistes, allez-vous continuer à le faire même après cet album ?

Bien sûr. J’aime travailler avec d’autres artistes parce que ça ouvre l’esprit et ça permet d’écrire sur quelqu’un d’autre. J’aime bien discuter longuement avec les artistes, savoir ce qu’ils veulent dire, ce qu’ils m’ont raconté pour connecter le réel à l’imaginaire.

Dans quel état d’esprit êtes-vous à quelques jours de la sortie de l’album ?

Je suis content, j’ai l’impression que c’est la première fois que je fais une “vraie” sortie d’album, avec des CD en précommande, des vidéos tournées. On travaille sur une tournée, des sorties de clip, c’est un fil continu.

J’ai la sensation d’avoir mis toutes les chances de mon côté pour cet album, grâce au label qui m’a permis de le faire.

Ca fait moins “sortie d’Internet” comme j’ai pu faire avant. C’est plus cadré et investi et c’est cool.

Entretien réalisé par Elisa Humann

*reminders : rappels, clin d’œil à quelque chose

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